26 janvier 2012
Découverte: le candidat qui envisage "raisonnablement" de battre Dord à la législative
Désigné part EELV pour affronter le député UMP sortant dans la 1ère circonscription de la Savoie, Alain Caraco avait convié la presse locale à sa première conférence de presse en tant que candidat à l’élection législative. A cette occasion, on ne peut que décerner un bon point au mouvement écologiste qui n’a pas hésité à convier l’ensemble de la presse, y compris la presse dite électronique, montrant ainsi que ce parti tenait compte de la pluralité et surtout de la diversité des moyens d’information. Voilà une initiative qui tendrait à rendre ces gens sympathiques. La sympathie n’excluant pas la lucidité et l’objectivité, bien entendu...
Alain Caraco, bibliothécaire de son état, nous vient de Chambéry. Il a déjà été candidat, sans succès, à une élection régionale et à une élection cantonale. Ce qui, dit-il, lui confère une certaine expérience et lui a assuré un avantage sur les autres prétendants qui postulaient pour être candidat à sa place. Entouré d’une dizaine de militants, il s’est prêté ce mercredi, dans un bistrot de la ville, au jeu des questions de la presse aixoise qui découvrait ce quasi inconnu.

Le candidat étiqueté Europe Ecologie les Verts a d'abord tenu a rappeler qu’il était aussi, et surtout, le candidat de la gauche socialiste, en principe soutenu par le parti socialiste. Même si, autour de lui, les autres militants n’ont pas manqué de souligner qu’ils espéraient que le PS lui apporterait un soutien plus ferme qu’il ne semble le faire aujourd’hui. Fort de ce soutien « espéré », Alain Caraco affiche « raisonnablement » ses ambitions : être présent au second tour et remporter l’élection au second. Et quand on lui rappelle qu’en 2007, le total des voix PS plus Verts n’avait pas atteint 25% au premier tour (il n’y avait même pas eu de second tour), Caraco ne se démonte pas. Il explique que la situation ne sera pas la même en 2012 en cas de victoire de François Hollande à l’élection présidentielle et que, dans la foulée, il peut très bien gagner, lui, la législative. A croire que, bien qu’il n’ait connu la période de mai 68 que par ouï-dire, Caraco a décidé de faire sienne la devise qu’on lisait sur les murs à cette époque : soyons raisonnables, demandons l’impossible !
Autour de la table, on remarquait aussi les absents
Très à l’aise sur le terrain de l’écologie, Alain Caraco l’est beaucoup moins dès qu’il s’agit d’aborder la situation propre à la 1ère circonscription. Il admet qu’il aura besoin pour cela de l’aide des militants aixois. En attendant, il a des difficultés à se présenter comme un opposant farouche à Dominique Dord. Il dit préférer porter le fer sur le niveau national plutôt que local puisque, rappelle-t-il, le rôle d’un député c’est à Paris qu’il se joue, pas dans la circonscription. Néanmoins, s’il est élu en juin prochain, il promet qu’il ouvrira une permanence à Aix les bains. Mais, d’ici là, il reviendra devant la presse afin de présenter celle qui sera sa suppléante et dont il ne sait toujours pas si ce sera une militante d’EELV, une militante socialiste ou autre. Apparemment entre EELV et le PS local, l’ambiance ne doit pas être au beau fixe. Pour preuve, alors que Caraco se recommande du soutien du parti socialiste, on ne remarquait parmi les quelques personnes entourant le candidat aucun représentant de ce parti, ni aucun conseiller municipal d'opposition de la ville. Mais c’était sans doute par timidité ou pour ne pas gêner le candidat de l’union...
Bref, à l’issue de cette réunion fort sympathique et ouverte, la question restait posée qui n’avait pas obtenu de réponse: pourquoi Alain Caraco est-il le candidat d’EELV et du Parti socialiste, et, accessoirement, pourquoi est-il candidat dans la première circonscription alors qu’il est domicilié à Chambéry, ville qui ne fait plus partie de cette circonscription ? A cette question, qui lui a été effectivement posée, et avec insistance, Alain Caraco a simplement répondu que là n’était pas la question. Ah, comme la vie des candidats serait tellement plus facile si c'était eux qui choisissaient les questions...
Un dernier pour la route :
Alain Caraco est le second candidat à se déclarer officiellement pour les législatives de juin prochain dans la 1ère circonscription de la Savoie. Avant lui, c’était la candidate du Front national qui s’était annoncée. Elle non plus n’habite pas la circonscription. En tout cas ce n’est pas Dominique Dord qui pourra le leur reprocher, lui le maire qui n’a jamais habité la ville qu’il administre depuis 11 ans.
Même s’il est apparu sympathique et bon connaisseur des thèmes de l’écologie, ce n’est pas faire offense à Alain Caraco que de dire qu’il n’a pas vraiment le profil de celui qui va « faire tomber » le député UMP sortant. Une élection législative n’a rien à voir avec une élection régionale à la proportionnelle ou une cantonale, ses seules expériences en politique. En le désignant pour aller au front dans une circonscription considérée comme difficile pour la gauche, EELV ne poursuit visiblement qu’un seul objectif : arrondir son bas de laine en comptabilisant les voix du premier tour, chacune rapportant 1,60 euro par an au parti. Caraco ne peut pas l’avouer aussi franchement mais on sent bien qu’il ne croit pas lui-même à ce qu’il dit quand il affirme pouvoir être présent au second tour et battre Dord.
Voilà qui laisse deux regrets : un, que la gauche n’ait pas désigné contre Dord un candidat crédible, vraiment susceptible de le battre. Deux, que dans ce contexte, EELV n’ait pas profité de cette occasion pour mettre sur orbite un candidat aixois à deux ans des municipales. La première circonscription de la Savoie et Aix les bains apparaissent, en cette occurrence, comme les dindons de la farce voulue par les dirigeants nationaux respectifs d’EELV et du PS. Quand ils ont passé cet accord qui assure aux Verts une vingtaine de postes de députés et une rente de situation avec les autres circonscriptions réputées ingagnables, la situation de la 1ère circonscription de la Savoie était bien loin de leurs préoccupations.