19 janvier 2012
Pourquoi nos élus ont-ils pu dépenser autant d’argent pour un truc aussi pourri ? Parce que ce n’était pas leur argent !
En dehors des autres questions que pose le rachat du restaurant de la Chambotte par la collectivité aixoise, il en est une qui devrait pousser tous les électeurs et contribuables à interroger leur maire, celui qui les représente au bureau de la CALB : comment avez vous pu accepter de payer 1,2 million d’euros un truc tellement pourri qu’il allait falloir le raser trois ans plus tard ? Une question qui n’aura pas de réponse car les grands niais de la CALB se font tous mener par le bout du nez...

Le 6 novembre 2007, dans une salle feutrée du siège du Boulevard Lepic, l’affaire a été réglée en trois coups de cuiller à pot lors d’une réunion à huis clos, sans public. Ce soir là, sur les 18 membres du bureau représentant les 18 communes de la CALB, seuls 13 étaient représentés. Un seul s’est abstenu. Douze élus ont donc accepté d’acheter avec l’argent des contribuables un restaurant à la Chambotte. Ils ont voté sans sourciller et sans chercher à savoir ce qu’ils achetaient. Pourtant, avec un minimum de curiosité, ils auraient pu comprendre pourquoi aucun autre repreneur ne s’était présenté pour racheter ce restaurant fermé depuis des années. Il suffisait pour cela de lire les documents que le président de la CALB devait obligatoirement mettre à leur disposition. Entre autres, les diagnostics techniques du bâtiment...
Un rapport aurait dû retenir leur attention, celui sur l’amiante. Sans même lire le dossier complet, il leur suffisait de s’en rapporter à la synthèse qui concluait le rapport. Douze lignes à lire, pas une de plus, pour être édifié :

Selon ce rapport, le bâtiment était bourré d’amiante qui présentait un danger non seulement en cas de travaux mais aussi en cas de simples agressions mécaniques, voire même de simples perturbations climatiques. Rien qu’à lire cela, n’importe qui aurait reculé devant les risques qu’on pouvait aisément supposer. Mais manifestement, aucun des élus n’a eu accès à ce rapport avant de voter. C’est la seule excuse qu’on peut leur trouver. Mais ce n’est pas tout. Un autre rapport, réalisé par d’autres experts, révélait de son côté la présence de plomb en différents endroits du bâtiment, y compris pour des usages sanitaires, ce qui incluait la refonte complète des installations pour les mettre aux normes. Personne ne s’y arrêta non plus. Une autre étude mettait l’accent sur le réseau d’assainissement totalement obsolète et qu’il fallait complètement réformer. Personne ne la lut. Enfin, d’autres courriers attestant du mauvais état des installations de la partie cuisine et conservation des aliments, furent également ignorés.
Ignorantus, ignoranta, ignorantum (Molière)
Douze hommes ignorants (dont une femme), votèrent donc ce soir là une dépense de 1,2 million d’euros pour l’achat d’un restaurant qu’ils n’avaient pas visité et dont ils n’avaient même pas pris connaissance du dossier technique. A leurs yeux, une telle dépense n’était sans doute qu’une simple formalité. Alors ils ont voté cela comme ils votent le reste : les yeux fermés, sans réfléchir aux conséquences. Aujourd’hui, sous le sceau du secret, certains regrettent de s’être laissés berner. En recoupant les confidences (bien entendu en "off") de ceux qui ont participé à cette mascarade, on arrive à reconstituer comment seize maires (y compris les absents) ont pu se laisser piéger aussi bêtement.
L’opération, apparemment menée de loin par Claude Giroud et Dominique Dord, leur a été présentée au départ comme un simple portage destiné à venir en aide à la Communauté de communes d’Albens (CCCA) laquelle, disait-on, souhaitait acquérir ce restaurant mais n’en avait pas les moyens financiers immédiats. A l’époque, la CALB disposait de réserves financières importantes, pas la CCCA. Il était donc convenu que la CALB paierait dans un premier temps la totalité de l’achat et que la CCCA, par un emprunt, viendrait ensuite la relayer et la rembourser. A l’évidence, il n’a jamais été question, en ce mois de novembre 2007, de raser le bâtiment encore moins d’en reconstruire un neuf à la même place pour 1,2 millions d’euros supplémentaires. Ni de s’engager à gérer ce futur gouffre financier. Pas plus qu’il n’avait été dit que la CALB financerait les 3/4 de l’opération et la CCCA seulement le 1/4 restant.
Les complications ne font que commencer
Quelques élus de la CALB ont donc bien le sentiment de s’être faits piéger. Les autres ne le reconnaîtront jamais. A moins que les complications ne fassent que commencer. Comme par exemple cette fameuse procédure d’AOT (autorisation d’occupation temporaire du domaine public) que Dominique Dord et Claude Giroud veulent voir adopter pour la gestion du restaurant. Une procédure totalement inadaptée en la circonstance puisque le restaurant n’est pas un « domaine public » mais un « domaine privé » appartenant à une collectivité publique. Or pour gérer un établissement du « domaine privé » la seule procédure valable est la passation d’un bail commercial.

Pourquoi, dans ces conditions, le président de la CALB ne veut-il pas d’un bail commercial qui rapporterait plus qu’une AOT?
Rendez vous en 2512 après JC
Un bail commercial est obligatoirement conclu pour 9 ans et il est renouvelable ad vitam. L’AOT, elle, ne sera conclue que pour 7 ans et ne sera pas renouvelable. Un bail commercial pourrait être négocié à plusieurs dizaines de milliers d’euros par an. L’AOT rapportera au mieux 5000 euros par an. L’intérêt et la loi commanderaient donc de passer immédiatement en bail commercial, pas en AOT. C’est pourtant la formule contestable d’AOT que Dord a choisie en plein accord avec Claude Giroud. Etonnant, non ?
Ah, un dernier détail : avec une redevance pour occupation du domaine public évaluée à 5000 euros par an, il va falloir cinq siècles pour simplement amortir les 2.500.000 euros d’investissement. Si, si, faites le calcul : 500 ans ! Alors, on peut aisément prendre les paris qu’on n’en verra jamais le bout.. ?
Un dernier avant le casse-croute :
cette rocambolesque histoire du restaurant de la Chambotte a été lancée au printemps 2007. A cette époque, le tandem Dord-Giroud jouait les rois des affaires. Ils avaient même monté un truc tarabiscoté qui avait permis, entre autres bénéfices, au premier nommé d’empocher une plus-value de 50.000 euros en achetant et en revendant un bien dans la même journée. Les deux amis, qui ne doutaient plus de rien, avaient-ils une idée aussi lumineuse en faisant racheter, à un prix fou, par la collectivité un restaurant à la Chambotte dont pas un professionnel sérieux ne voulait ?