17 janvier 2012
Rien que du beau linge autour d'une transaction immobilière qui réserve quelques surprises
Quand on fouille un peu dans le dossier du surprenant rachat par la CALB d’un restaurant à la Chambotte, on ne trouve que du beau linge, que de hautes personnalités. Une découverte qui vient confirmer pourquoi ce dossier aussi surprenant a fait l’unanimité de la droite à la gauche…
Commençons par celui qui a réussi jusqu’à présent à ne jamais apparaître officiellement dans cette curieuse transaction, on veut parler de Maître Claude Giroud, le notaire d’Albens qui est à la fois le maire de cette commune, le conseiller général du canton d’Albens et le premier vice président (mais en réalité le vrai patron) de la communauté de communes du canton d’Albens (CCCA) où se situe justement le fameux restaurant de la Chambotte. Maître Giroud est également, ce n’est pas négligeable, le premier vice président du conseil général de la Savoie et, accessoirement, le suppléant du député de la 1ère circonscription de la Savoie, un certain Dominique Dord.
Avec tout cela, on en vient à se demander comment il se fait que le nom de Maître Giroud ne soit jamais officiellement apparu dans ce dossier. Comme si un homme qui exerce tant de responsabilités dans son canton aurait pu se désintéresser de la vente d’un restaurant dans le seul site remarquable du dit canton.
Or si Monsieur Giroud n’apparaît pas officiellement dans ce dossier, il y figure en amont et en bonne place.
Maître Giroud était précisément le notaire de M. et Mme Lansard, les anciens propriétaires du restaurant de la Chambotte. Et de longue date. Ainsi, c’est Maître Giroud qui, après avoirpréalablement procédé aux formalités de donation partage. avait rédigé les actes par lesquels la famille Lansard était devenue propriétaire du restaurant.

C’est encore Maître Giroud qui, quelques années plus tard avait réalisé et reçu le contrat de mariage des époux Lansard. Bref, Claude Giroud était le notaire de la famille Lansard depuis des lustres. Peut-on, dans ces conditions, affirmer que Maître Giroud n’aurait pas été tenté de leur donner un petit coup de main (ou un coup de pouce) lorsque les Lansard n’arrivaient pas à trouver un repreneur pour une affaire qui battait de l’aile? Ce serait mettre en cause cette irrépressible volonté de rendre service qui a fait de Maître Giroud l’homme incontournable du canton...
Dord: c'est pas moi, c'est Casanova!
Autre personnage emblématique officiellement absent de ce dossier, Monsieur Dominique Dord, député, ami de Monsieur Giroud et actuel président de la CALB. Or quand il évoque le dossier Chambotte, Monsieur Dord feint de ne pas s’en être mêlé et en rejette la responsabilité sur d’autres. Par exemple, Monsieur Dord fait remarquer que c’est l’ancien président, André Quay Thévenon, qui a présidé au rachat du restaurant par la CALB. Il précise même que lui, il n’était pas très chaud pour cette acquisition et que d’ailleurs le jour où cela a été décidé (6 novembre 2007) il ne participait même pas à la réunion de bureau de la CALB.
C’est vrai, ce 6 novembre, il s’était fait représenter par Mademoiselle Casanova. Mais si Monsieur Dord s'était trouvé en désaccord avec cette décision, qui peut penser que la damoiselle ne l'aurait pas fait savoir, ou que Quay-Thévenon aurait osé présenter le dossier et que les autres maires (qui redoutent Dord) auraient voté malgré son opposition. De même, quand l’actuel président dit que ce n’est pas lui mais le maire de Tresserve, premier vice président de la CALB, qui pilote le dossier, qui peut croire que J-C Loiseau (le seul qui s’était abstenu lors du vote en novembre 2007) n’agit pas aujourd’hui sur les consignes de Monsieur Dord ?
Un homme de "caractère exceptionnel"
Un troisième personnage est lui aussi resté discret dans cette histoire, c’est l’ancien directeur des services fiscaux de la Savoie, Monsieur Alain Kestenband. Par lettre du 6 mars 2007, Monsieur Kestenband est sollicité par la CALB pour estimer la valeur du restaurant de la Chambotte. Moins de 15 jours plus tard, Monsieur Kestenband a déjà une idée très précise du prix : un million d’euros écrit-il, une estimation très haute qu’il justifie ainsi : « en raison du caractère du site ». Selon lui, c’est donc le site, et rien que le site qui justifie le prix de un million d’euros.

Mais à la ligne suivante (document ci-dessous) le même généreux Monsieur Kestenband ajoute que le prix de ce restaurant pourrait être majoré de 20% en raison, écrit-il, de sa : « situation privilégiée ».

Si l’on comprend bien Monsieur Kestenband, le restaurant vaudrait 1 million d’euros parce qu’il est situé dans un site remarquable mais il pourrait valoir 20% de plus parce qu’il est situé dans un site remarquable. Voilà qui est remarquable!
Découvrir que des fonctionnaires seraient richement rétribués pour tenir ce genre de raisonnement, c’est à se dégoûter de payer des impôts. Mais cela aide aussi à mieux comprendre pourquoi la France se retrouve dans l’état de faillite qu’on lui connaît aujourd’hui!
A vot' bon coeur, contribuables!
Reste qu’en novembre 2007, les élus de la CALB ont en main une estimation « officielle » disant qu’à 1 million d’euros c’est déjà cher payé pour un resto à abattre. Mais n’écoutant que leur bon cœur, ces élus (de gauche comme de droite) vont quand même accepter de majorer ce prix du montant maximum autorisé, le portant à 1,2 million d’euros. On voit bien que l’argent ne sortait pas de leur poche mais de celles des contribuables. S’il existe, à Aix les Bains, quelqu’un d’autre qui est prêt à payer 20% plus cher que l’estimation officielle un bien qu’un propriétaire n’arrive pas à vendre depuis 5 ans, qu’il aille vite proposer sa candidature à la CALB : Monsieur Dord va prochainement recruter des lampistes sans cervelle destinés à remplacer les élus qui, couverts de honte après la révélation de ce forfait, ne vont pas tarder à démissionner. On plaisante bien sûr, du moins pour ce qui est de la démission...
Une affaire exilée en Tarantaise
Avant de conclure sur une autre présence surprenante, et pour répondre à une question précédemment posée par un lecteur, précisons que l’acte de vente à la CALB n’a pas été signé chez Maître Giroud, le notaire habituel de la famille Lansard. L’acte n’a pas non plus été signé dans une étude notariale d’Aix les bains. Pas plus que dans une étude chambérienne. Non, c’est en Tarantaise, dans une étude notariale de Moûtiers, que la CALB a choisi de faire rédiger et signer cet acte. Tant de précautions et d’éloignement ne manqueront pas d’étonner pour une affaire aussi limpide et source d’émerveillements.
Lors de la signature, la CALB était représentée par A. Quay Thévenon. M. Lansard, le vendeur, lui, n’était pas présent. Il s’était donc fait représenter. Représenter non pas par un notaire comme il est d’usage en la circonstance mais par un avocat. Voilà qui pourrait surprendre dans la mesure où il s’agissait d’une vente amiable, où les uns et les autres s’étaient mis d’accord longtemps à l’avance et avec un acquéreur qui présentait toutes les garanties de solvabilité. Dans ce genre d’affaires, la présence d’un avocat étant rarissime, on aurait pu se demander ce que pouvait bien redouter le vendeur.
Et revoilà la gauche caviar?
Mais peut-être que le vendeur ne redoutait rien, après tout. Et d’ailleurs, l’avocat qu’il a désigné pour le représenter n’était pas réputé pour être un spécialiste des affaires immobilières. Maître Jean-Paul Calloud, c’est de lui dont il s’agit, est tout simplement un avocat aixois généraliste. Accessoirement, c’est aussi un homme très apprécié dans le milieu politique. Me Calloud a été député de la 1ère circonscription (apparenté socialiste) dans les années 90. Il a aussi été conseiller général d’Aix les Bains au début des années 2000, avant de laisser cette place à Monsieur Sarzier, homme de gauche désigné comme son successeur. Lequel Jean Louis Sarzier est aussi, aujourd’hui, l’un des membres du bureau de la CALB qui disent amen à Monsieur Dord, dans son aventure chambottienne comme dans toutes les autres. Ite, missa est.
Mais surtout, qu’on ne voit pas la moindre malice derrière tout cela. Tous ces gens là ne sont animés que d’un seul souci : bien servir l’intérêt public. Personne ne peut en douter.
Un dernier pour la route:
C'est sans doute encore un hasard si de nombreux acteurs de ce dossier (on ne les a pas tous cités) sont des gens "dignes des loges". De quoi donner l'envie, si ce n'est déjà fait, de rendre son tablier comme on dit en cuisine...