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27 janvier 2012

 

L’enfer n'est pavé que de bonnes intentions... Ou opération enfumage autour d’un camping en sursis

 

C’est un article plutôt bien fait, traitant d’un sujet intéressant et abordant d’une manière assez exhaustive un vrai problème de société. Il est paru ainsi hier matin dans le dauphiné :

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Il est question, dans cet article, de ces gens qui, souvent pour des raisons financières ou familiales, ont cessé de pouvoir habiter un vrai logement et qui ont trouvé refuge à l’année dans une résidence dite de loisir. Un mode de vie auquel une proposition de loi d’un député (UMP, bien entendu) souhaiterait mettre fin, estimant que les campings ne sont pas destinés à accueillir des résidents à l’année. Et tant pis pour ceux qui n’ont pas d’autres choix.

Pour illustrer ce sujet fort intéressant et d’actualité, le journaliste du quotidien savoyard est allé mener son enquête au Camping du Lac, à Aix les Bains. L’article est fort honnête et le vécu de ceux qui ont « choisi » ce mode de vie y est parfaitement rendu. C’est même, à priori, l’un de ces articles qui relèvent le niveau de ce qu’on peut lire d’habitude à la même place dans ce journal. Mais...

Mais il il y a juste un petit truc qui gène. L’article est accompagné d’une petite interview du député-maire UMP d’Aix les Bains, lequel, selon le dauphiné, trouve dans le texte de loi déposé par son collègue de parti « l’opportunité d’un retour à la destination fondamentale du camping, sa fonction touristique ». Et le même de poursuivre qu’il est persuadé que la loi interdisant le séjour à l’année dans les campings sera bientôt définitivement adoptée et que « naturellement, il faudra bien qu’elle soit appliquée à Aix les Bains... ». Voilà une déclaration qui ne manque pas de sel (ni d’inquiéter) pour tous ceux qui connaissent un peu l’historique du Camping du lac, là où justement le dauphiné a choisi d’installer son enquête.

Il y a cinq ans le préfet avait déjà pris un arrêté de fermeture que le maire n'a jamais fait appliquer

Le Camping du Lac n’a plus de camping que le nom. Faute d’investissements et de renouvellement des installations, il est devenu au fil du temps totalement obsolète. Tant et si bien qu’à l’issue de la visite d’une commission départementale, il y a quelques années le préfet de la Savoie avait pris très officiellement un arrêté de fermeture pour ce camping. Mais plutôt que de notifier cet arrêté de fermeture directement à l’exploitante, le préfet avait préféré ( !) en charger le maire de la ville, un certain Dominique Dord.

En toute bonne logique administrative, le maire d’Aix les Bains aurait dû, soit faire parvenir cet arrêté préfectoral à la gérante du camping par courrier recommandé avec accusé de réception, soit le lui faire délivrer directement par porteur en échange d’une signature. C’est ce qu’on appelle une « notification », la seule formule qui vaille et qui donne, selon la loi, de la valeur à un arrêté à portée individuelle. Au lieu de cela, Dominique Dord s’était contenté d’envoyer l’arrêté par la poste, avec un simple timbre à 50 cents, accompagné d’une très gentille lettre par laquelle il s’excusait presque de déranger l’exploitante avec une telle affaire.

Béton contre toile de tente, on sait qui va gagner

Inquiète malgré tout à la réception de cet arrêté, l’exploitante avait alors souhaité alerter la presse indépendante locale. Laquelle presse indépendante, après avoir constaté que Dord n’avait pas (volontairement?) respecté les conditions de notification de l’arrêté, avait conseillé à l’exploitante de faire comme si elle n’avait jamais rien reçu. Car pour la loi, elle n’avait effectivement rien reçu. Ainsi fut dit, ainsi fut fait. Et l’exploitante n’entendit plus parler de rien. Ses résidents à l’année continuèrent d’être accueillis dans ce camping, régulièrement rejoints, une fois les beaux jours revenus, par d’autres vacanciers pas trop regardants sur la qualité des installations. Et la situation se répéta l’année suivante, et l’année d’après, et ainsi de suite jusqu’à cette année 2012. Année 2012 où, comme le fait subtilement remarquer le journaliste du dauphiné, derrière les abris précaires du camping « un luxueux bâtiment fait de verre et de béton est en train de se construire ». Et c'est là que tout s'explique.

Effectivement, en bordure même du Camping du Lac, une entreprise est en train d’achever la construction d’une future résidence de luxe... avec, pour l'instant, une vue plongeante sur les caravanes et autres constructions en planches. Cet immeuble est le dernier de la série de la « bétonnisation » du Petit Port, c’est aussi le plus cher au mètre carré et le plus près du lac. C’est un immeuble pour lequel Dominique Dord en personne a donné le permis de construire. Or il nous a été rapporté que l’un des futurs riches propriétaires de cette résidence aurait poussé des cris d’orfraie en découvrant que sa future demeure voisinerait avec un bidonville (sic). Il nous a aussi été rapporté que les récriminations du futur propriétaire seraient remontées jusqu’à l’hôtel de ville où toutes les assurances lui auraient alors été données et en particulier celle-ci : à la remise des clés, les installations précaires du Camping du Lac situées sous l’immeuble en question auront disparu.

Et, comme par hasard, c’est le moment que choisit un député UMP pour déposer un projet de loi interdisant le séjour à l’année dans les campings. Et comme par hasard c’est le moment que choisit Dominique Dord pour se rappeler que la loi doit s’appliquer, lui qui s’assoit si régulièrement dessus. Voilà. C’est tout pour les faits.

Trop de coïncidences nuisent au hasard

On ne voudrait surtout pas mettre en doute la bonne foi de notre honorable confrère auteur de l’article. Il n’était vraisemblablement animé que de bonnes intentions. Mais, comme le dit le proverbe, l’enfer est lui aussi pavé de bonnes intentions. Or dans cette histoire qui apparaît aujourd’hui sur le devant de l’actualité et qui est si humainement traitée par le quotidien local, il y a beaucoup trop de coïncidences pour que l’on croie simplement au hasard.

Quand on entend Dord clamer soudainement qu’il veut que "naturellement" (sic) la loi soit appliquée à Aix les Bains, lui qui ne l’applique pas quand ça l’arrange (confer l’incroyable illégalité du casino dans le silence complice de toutes les autorités sous la main mise de l’UMP), on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a derrière cette soudaine « application de la loi » d’autres intérêts que le simple respect de la légalité. Le gentil dauphiné s’est-il fait, involontairement, le complice d’une opération enfumage ? Réponse avant la fin de l’été.