L'idéal du Moi, c'est grave, docteur?

Nous n'étions pas à la grande cérémonie des voeux du député-maire-président lundi dernier au Centre André Grosjean. On a juste lu le compte-rendu qu'en avait publié le dauphiné libéré dans son édition locale du 13 janvier. Et comme cela nous a laissés perplexes, nous sommes allés interroger un spécialiste...




Le Journal d'ALB: Docteur Drefu, vous êtes un spécialiste de la psychanalyse, nous voudrions vous demander de commenter, à l'intention de nos lecteurs, un article relatant la présentation des voeux d'un maire.

Docteur Drefu: Dans ces conditions, n'oubliez pas de préciser à vos lecteurs que je ne connais ni la ville ni les personnes dont il va être question et que mon analyse ne portera que sur ce que je vois, complété par ce que vous me direz. On est bien d'accord?

Le Journal: Parfaitement, cher docteur. Voici d'abord un premier aperçu de cet article, sachant qu'il emplit quasiment toute une page grand format de ce journal:

Dr D.: Première remarque, sans avoir lu l'article, je constate que pour ce non-évènement (rien de plus banal que les voeux d'un maire) l'article prend beaucoup de place. A mon avis, soit il s'agit d'un maire d'une très grande ville et jouissant lui-même d'une très grande notoriété, soit l'article a été publié dans son journal de propagande électorale.

Le Journal: Et si l'on vous dit qu'il s'agit en fait d'une petite ville de 29.000 habitants dont le maire est un illustre inconnu pour 99,9% des Français et que le journal est un quotidien dit d'informations générales, qu'en concluriez-vous?

Dr D.: Alors là, je vais avoir besoin de regarder cela de plus près.

Le Journal: Il n'y a qu'à demander:

Dr D. : C'est impressionnant. Cela me rappelle la théorie appelée "l'idéal du Moi". Cet homme, debout, derrière son pupitre, sans doute juché sur une estrade, et à côté, ce public dont on a voulu faire croire qu'il applaudissait à tout rompre l'orateur, on est tout à fait dans la représentation de la toute-puissance infantile, elle même fondée sur le narcissisme. Voyez vous, dans ce genre de manifestation bon enfant, il serait d'usage que le maire se place au milieu des autres élus et que tous se situent sur le même niveau que le public, pour un partage, pour une sorte de communion. Ce n'est pas le cas. Dès qu'un homme qui a un petit pouvoir s'installe sur un piédestal pour s'adresser à ses pairs, surtout dans des circonstances qui prêteraient à la convivialité et la simplicité, on peut pronostiquer, sans crainte de se tromper, que "l'idéal du Moi" est déjà chez lui à un stade bien avancé. Un personnage qui se livre à cette parade aurait tendance à se considérer comme le Bien et à rejeter ce qui vient de l'extérieur comme étant le Mal. J'en conclurais que cet homme aime à se chercher des ennemis et à les désigner publiquement comme tels...

Le Journal: Docteur, voulez vous regarder plus attentivement la légende placée sous la photo représentant l'orchestre et nous dire ce que cela vous inspire:


Dr D. : Ah, la Marseillaise..! Par ces temps présents que, par médias interposées, l'on vous convainc de croire agités et menaçants, vos politiciens ont trouvé là un bel artifice. Le discours le plus abscons conclu par une vibrante Marseillaise sera toujours accueilli avec beaucoup de ferveur et salué par des applaudissements d'autant plus nourris que l'on aura fait monter l'inquiétude de la foule avant de la rassurer. D'ailleurs, il y a fort à parier que la photo du public debout a été prise lors de l'ovation réservée à l'orchestre et à la Marseillaise et non pas au discours du maire. C'est pour cela que j'avais estimé que l'article avait été publié dans un journal de propagande électorale.

Le Journal: Quelle impression se dégage à la lecture de l'article?

Dr D.: J'ai ressenti à cette lecture comme une forme, j'oserais dire, d'hystérie. Non pas au sens neurologique ou somatoforme comme l'on dit aujourd'hui, mais comme une manifestation caractérisée par une exagération des modalités d'expression. L'auteur est manifestement en admiration devant le maire, presque en vénération. En même temps, cette façon de procéder est aussi très subtile et révèle une grande habitude de ce comportement laudateur à l'excès. Le fait de joindre, dans l'espace de la page, la photo de l'orateur et celle du public et en leur associant la même légende, ceci afin que le lecteur en déduise que l'orateur a séduit le public et que le public, debout, a acclamé l'orateur, c'est très habile.

Le Journal: Docteur, il faut maintenant le dire, vous n'êtes pas docteur et votre nom d'emprunt est l'anagramme de Freud. Il ne s'agit donc pas d'une véritable analyse psychologique et cette interview n'était qu'une mascarade, reconnaissez-le.

Dr D.: Là, je vous arrête. Votre interview n'était pas plus une mascarade que l'article du quotidien lui-même. Je dirais même qu'en matière d'exagération et de mascarade, vous avez encore des leçons à recevoir... Un complexe de supériorité peut-être..?

Tout cela est décidément très freudien... Et tout ce qui précède n'est qu'un gag, bien sûr.
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