Comment réussir dans la vie quand on est « con et prétentieux »...

A en croire ce que le Canard Enchaîné écrivait dès le 1er septembre 2010, en choisissant Dominique Dord pour trésorier, l’UMP allait en courant vers la catastrophe annoncée.

Pourtant, deux ans plus tard, en octobre 2012, alors que la catastrophe financière prévue était là, le même Canard traitait le trésorier avec beaucoup plus d’égards. Et le volatile reprenait même ses propos, guère plus intelligents qu’en 2010, cette fois sans la moindre ironie...

Il faut dire qu’au lendemain de la nomination de Dord à ce poste, le Canard n’y était pas allé de main morte. Rien que le titre de l’article était un programme :

Sur quatre colonnes, avec photo, l’hebdomadaire du mercredi traçait un portrait au vinaigre de notre député-maire préféré. Rappelant que le stage que le personnage avait effectué chez l’Oréal et ses cosmétiques lui serait bien utile pour « apprendre à maquiller », le Canard présentait Dord comme celui qui n’attendait que la reconnaissance du chef, à savoir N. Sarkozy. Sans s’attarder sur son parcours local, l’hebdomadaire mettait en exergue ses appétences immobilières signalant que l’homme avait acquis « une jolie propriété de 16 000 m2 au-dessus du Lac du Bourget à Saint-Innocent la bien nommée ». Eh, oui, il n’avait pas encore commencé que sa réputation d’Innocent l’avait déjà précédé. Le Canard rappelait également le début de parcours très très à droite de D. Dord copinant avec Charles Millon et Philippe de Villiers. Au passage, l’article, citait  quelqu’un qui l’avait bien connu : « Il est con et prétentieux. Je ne comprends pas pourquoi on prend un glandu pareil pour être trésorier. Ce sera un prête-nom ».

Deux ans plus tard, en octobre 2012, le glandu con et prétentieux confiait aux journalistes du Canard que l’UMP était saignée à blanc, pas seulement à cause des défaites électorales à la présidentielle et aux législatives mais par la faute exclusive de J-F Copé.



Et c’est ainsi qu’ont démarré les affaires puisque venait de s’ouvrir ce qu'il convient d'appeler la...


...La fameuse boite de Pan-Dord...

Quand en octobre 2012, Dominique Dord met les pieds dans le plat des finances de son parti, c’est uniquement vers Copé que ses accusations sont dirigées. Il reproche au secrétaire général du parti d’avoir « laissé ses amis se gaver ». Si les enquêtes semblent avoir depuis démontré que certains proches du maire de Meaux avaient effectivement profité de cette proximité pour vendre leurs prestations à l’UMP ou à ses membres obligés, il n’était toutefois pas encore question de financement illégal, par ce parti, de la campagne présidentielle du candidat Sarkozy.
Et ce n'était sans doute pas davantage dans l'esprit (?) de Dord d'attirer l'attention dessus.
C’est à l’occasion des investigations menées suite aux déboires financiers révélés par Dord que l’on allait découvrir la véritable ampleur du problème. Et c’est seulement bien après que certains ont cru découvrir que l’UMP, via les factures Bygmalion, aurait supporté pour 18 millions d’euros de dépenses à la place du candidat Sarkozy. En gros, on serait donc tenté de penser que si Dord n’était pas allé s’épancher dans la presse sur l’état des finances du parti dont il était encore le trésorier, le linge sale aurait pu se laver en famille. Du coup, les qualificatifs de con, prétentieux et glandu prendraient cette fois tout leur sens.


Rappelons que si Dord a déploré publiquement l’état des finances de son parti, c’était parce qu'il soutenait F. Fillon dans la course à la présidence de l’UMP contre JF Copé. Et que tout ce qui pouvait nuire à Copé, croyait-il, était bon pour Fillon. Bilan de tout cela, si aujourd’hui Copé est quasiment grillé, Fillon ne vaut guère mieux. Et que dire de Sarko, l'homme dont Dord recherchait la reconnaissance. Quant à l’UMP, elle a été dissoute (mais pas ses dettes). De là à en conclure que c’est qui devait arriver quand on confie les finances d’un parti à un « glandu con et prétentieux » il n’y a qu’un pas que certains ont sans doute déjà franchi.


Reste un dernier détail. Le plafond des dépenses de campagne pour la présidentielle de 2012 était fixé à 22,5 millions d’euros. Sarkozy aurait légèrement franchi ce plafond (ses comptes ont d’ailleurs été retoqués) avec 23 millions d’euros. Soit. Selon ce qui fuite des enquêtes judiciaires en cours, entre l’affaire Bygmalion (18 millions) et les nouvelles révélations sur le paiement de voyages ou de Tee-shirts (10 millions) on arriverait à un total de 28 millions d’euros de dépenses de campagne illégalement prises en charge par l’UMP à la place du candidat. Ce qui voudrait dire que Sarkozy aurait dépensé 51 millions d’euros pour la présidentielle (qu’il a perdue), soit 30 millions de plus que François Hollande, le vainqueur.
Qu'est-ce qui justifierait une telle différence? Il y a là quelque chose qui heurte le bon sens.


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