Anciens Thermes : D. Dord abat ses dernières cartes.

Mais l'on ne sait plus si le maire joue au poker ou au Monopoly


Lundi soir, devant les élus municipaux, l’aveu a été lâché. Poussé à dévoiler son jeu, le député-maire LR (de quoi ?) a implicitement reconnu que le rachat des Anciens Thermes sera un boulet que les Aixois vont traîner pendant des années. Il l’a admis au détour d’une réponse à l’interpellation de l’opposition de gauche, comme on peut le vérifier en écoutant le compte-rendu audio que la mairie a mis en ligne. Ce passage se situe aux environs de 1h30 après le début de l'enregistrement :


D. Dord « L’équation est assez simple (sic). Il y a 44.000 mètres carrés de surface à rénover. Si vous comptez au bas mot 1.000 euros le m2 de rénovation ça fait 44 millions d’euros. Pour rénover l’existant. Et je suis en dessous de la vérité. Et la Ville ne peut mettre que 15 millions » La messe était dite.

C’est l’aveu que l’on attendait depuis longtemps.
Alors, pour une fois, on va prendre le maire au mot. Et même au bas mot. Pour rénover les 44.000 mètres carrés des Anciens Thermes, dit-il, il va falloir au bas mot 44 millions d’euros et ce montant est en dessous de la vérité. Il a raison. La vérité se situe peut-être à 50 ou 60 millions d’euros, voire davantage selon les surprises à redouter. Et entendons-nous bien, c’est le coût de la seule rénovation de ce qui existe, pas des éventuelles constructions nouvelles. Et quand on sait, toujours dixit le maire, que la Ville ne pourra guère trouver plus de 15 millions d’euros pour financer ces travaux, une seule question devrait venir à l’esprit :
Pourquoi diable Dord a-t-il racheté ces bâtiments à l’Etat ?


C'est toute une histoire. En 2001, pour se faire élire, Dord promet qu’il va relancer l’activité thermale au-delà des 40.000 curistes annuels, y compris en réhabilitant les Anciens Thermes. Une fois installé à l’hôtel de ville, il n’en sera plus jamais question. Pourtant Dord a très vite pris les commandes de l’activité thermale et s’est installé à la présidence (par intérim) du nouvel EPIC des Thermes. Neuf ans plus tard, grâce à lui, la société des Thermes et ses établissements modernes seront bradés au privé pour 3 millions d’euros. Entre-temps, le maire a déjà jeté son dévolu sur les Anciens Thermes. En 2005, alors qu’il était à la tête de l’EPIC, il a demandé à Ineum Consulting de lui évaluer les bâtiments. Dans la foulée il a proposé à l’Etat de vendre les bâtiments à la Ville. Le sort de la société Thermale n’étant pas encore définitivement scellé, l’Etat a concédé, par convention, la mise à disposition gratuite des Anciens Thermes à la mairie, avec interdiction pour elle de les sous-louer. Ce qui n’empêchera pas le député-maire d’y installer ses amis de l’école Peyrefitte, il est vrai pour un loyer dérisoire. On est alors en 2006, voilà dix ans. Dix ans que la mairie aurait pu mettre à profit pour trouver une destination à ces bâtiments. Dix ans perdus ? Pire que cela !

Ces dernières années d’autres « experts » se sont penchés sur les Anciens Thermes. Leur verdict ont confirmé, sur certains points, celui d’Ineum Consulting. Par exemple, si l’on change les bâtiments de destination, il faudra construire des parkings, 200, 300, 400 places ou davantage selon l’usage prévu. Or, vu la configuration des lieux, un emplacement de parking y coûte au moins 10.000 euros. Sur d’autres points, le constat est plus alarmant encore, toitures en mauvais état, présence d’amiante ou de pyralène. Rien que pour mettre ces choses-là aux normes, avant tout autre chantier, la facture avoisinerait déjà la dizaine de millions d’euros. De quoi donner à réfléchir...

La sagesse aurait voulu que la Ville renonçât

En 2012, quand l’Etat propose à la Ville de racheter les Anciens Thermes pour 1,2 million d’euros, la sagesse voudrait que, en connaissance de cause, le député-maire dise « non merci ». Et qu’il exige de l’Etat qu’il remette cette » friche industrielle » en état. Après tout, c’est à l’Etat propriétaire de dépolluer, c’est à l’Etat propriétaire d’entretenir son patrimoine qui menace ruine. La mairie aurait été d’autant plus à l’aise pour imposer ses conditions que les bâtiments, on le sait aujourd’hui, étaient invendables. Aucune société privée ni aucun promoteur n’auraient envisagé de faire une telle acquisition sans le soutien de fonds publics. L’Etat a donc trouvé le pigeon idéal pour le débarrasser de ce boulet: la Ville d’Aix-les-Bains personnifiée par son député-maire.

Il est vrai que ce dernier était coincé par toutes ses promesses. Ainsi, si la mairie avait refusé de racheter les bâtiments, que serait devenue l’Ecole Peyrefitte qui occupait les lieux, sans droit ni titre ? Exit ? On voit d’ici le scandale et les déboires qui en seraient découlés.
Justement, parlons-en de l’école d’esthétique. En 2012, quand la Ville devient propriétaire des Anciens Thermes, la famille Peyrefitte insiste, si, si, elle insiste, pour que Dord tienne sa promesse et transforme la convention précaire d’occupation en bail commercial, et au même tarif ridicule, comme cela a été convenu en 2006. Mais Dord sait que cette histoire ne passera pas le contrôle de légalité, alors il propose aux Peyrefitte mieux qu’un bail commercial, à savoir que leur société devienne propriétaire des 2.000 mètres carrés environ qu’elle occupe au premier étage, le tout pour un demi million d’euro. Topons-là, disent les amis lyonnais du député-maire. Mais... Mais arrive Vinci. Vinci à qui Dord a demandé de lui faire une proposition pour la réhabilitation des Anciens Thermes. Vinci qui, entre autres réserves, ne veut pas qu’une autre société privée soit, avant travaux, propriétaire d’une partie des bâtiments, lesquels deviendraient de fait une copropriété avec toutes les complications que cela impliquerait au moment des travaux.

Comme disait Chirac, les merdes ça vole en escadrille.

Et ce n’est pas tout. Pour alléger le budget parkings de la rénovation des Anciens Thermes, Dord avait engagé une négociation avec la société Valvital afin qu’elle lui cède la propriété des parkings du Bain Henri IV et de la rue de l’Institut Zander. Mais la négociation s’est mal passée au point que Dord, dépité de ce refus, ira même, en privé bien sûr, jusqu'à qualifier de « furoncle » l’un des négociateurs d’en face. Ainsi, après trois ans où chaque petite avancée était suivie d’un recul plus grand, Vinci a jeté l’éponge. Aujourd’hui pour sauver les Anciens Thermes et sa tête, Dominique Dord en est réduit à prier pour que Bouygues accepte de prendre une (bonne) partie du coût exorbitant de la rénovation de l’existant, cela en espérant réaliser de gros profits sur la construction et la vente d'appartements. Mais c’est loin d'être gagné. Et l’on peut compter sur le bétonneur pour faire monter les enchères au fur et à mesure que Dord sera, lui, de plus en plus acculé. Toutefois, c’est les Aixois qui paieront la note finale. Sauf à arrêter définitivement le gâchis.

Mais qui arrêtera un homme qui prétend avoir le soutien de tous les Aixois dans ce projet fou uniquement... parce qu’ils l’ont élu !


Pauvre ville, pauvre
France.



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