Un projet qui commence à apparaître... esthétiquement discutable!

Surtout à 265 euros le mètre carré ?


Cela fait quelque temps déjà que des informateurs nous soutiennent que l'opération rénovation des Anciens Thermes est une affaire à tiroirs. Et même à tiroirs secrets. Selon les mêmes, l'opération aurait pu tout aussi bien s'appeler: il faut sauver le soldat Dord.

Pour bien comprendre cette version de l'histoire, il faut remonter une douzaine d'années en arrière, pendant le premier mandat de l'actuel député-maire, c'est à dire au moment où Dominique Dord a eu la certitude que l'Etat allait abandonner les Thermes nationaux et que la ville allait hériter (!) des anciens bâtiments. A la demande de Dord, qui faisait alors fonction de président de l'EPIC des Thermes, le cabinet Ineum Consulting fournissait une évaluation foncière des anciens bâtiments. A partir de quoi, le maire commençait déjà sa prospection en vue de l'occupation future des lieux.

C'est ainsi qu'en 2005, grâce à des relations communes, Dord entra en négociation avec le docteur Peyrefitte et son épouse Jacqueline, directrice d'une école d'esthétique à Lyon. Un accord fut rapidement conclu, les Peyrefitte étant très demandeurs d'une implantation dans la ville thermale et Dord étant à la recherche d'un coup médiatique. Mais les Peyrefitte, en gens d'affaires fort avisés, ne se contentèrent pas d'une vague promesse. Quand Dord leur proposa d'occuper provisoirement les lieux, ils exigèrent des garanties de pérennité. Ce qui était fort logique vu qu'ils s'apprêtaient à investir plusieurs centaines de milliers d'euros pour transformer leur local en une confortable et élégante école d'esthétique. Et c'est là que l'affaire commença à se corser.

En 2005, l'Etat, toujours propriétaire des anciens bâtiments, avait consenti par convention leur mise à disposition gratuite à la Ville, à la condition expresse que celle-ci n'en fasse qu'un usage public ou encore associatif, ce qui excluait, de fait, la location à une société commerciale. Tout à sa joie d'annoncer, enfin, l'implantation de quelque chose de nouveau dans la ville qu'il administrait depuis plus de quatre ans sans grand succès, Dord passa outre cette réserve de l'Etat et signa avec la Société ITCC Peyrefitte une convention d'occupation temporaire. Et le jour de l'inauguration de l'école, il posa, tout fier, aux côtés de Jacqueline Peyrefitte et de sa fille, en présence de l'éphémère ministre Renaud Dutreil, un vieil ami à lui. C'était peu avant les élections municipales de mars 2008...

Seulement, pour satisfaire aux exigences des Peyrefitte, Dord avait fait ajouter un article à cette convention. Un article qui stipulait que la Ville s'engageait à transformer cette convention en un bail commercial le jour où elle deviendrait propriétaire des lieux. Qui plus est, il était précisé que ce bail se ferait, obligatoirement, aux mêmes conditions financières que la convention. Comme cette convention prévoyait un loyer de 10 euros par an et par mètre carré, c'était donc sur ces bases que le bail serait évalué. Quand on sait que, dans le centre-ville, le moindre loyer commercial se négocie facilement vingt fois plus cher, on commence à comprendre ce qui va suivre.

Pendant six ans, il ne se passa rien. Sans être soumise au conseil municipal, la convention entre Peyrefitte et la Ville fut tacitement reconduite par Dord. Aujourd'hui encore, la société ITCC Peyrefitte acquitte le même très modeste loyer de 2005 sans que personne n'y trouve à redire. Apparemment Dord ne parut pas très pressé de conclure le bail puisqu'il tarda à racheter les anciens Thermes alors que les Thermes Chevalley, eux, avaient été cédés, bradés, depuis longtemps. Au printemps 2012, Dord se décida enfin et la Ville devint officiellement propriétaire des bâtiments occupés par l'école d'esthétique. Sans perdre de temps, les Peyrefitte demandèrent la conclusion de l'accord conclu en 2005, à savoir la transformation de leur convention en un bail commercial. Il faut dire que, entre-temps, grâce à un savoir faire évident, l'école ITCC s'était très sérieusement développée et qu'elle entendait bien s'implanter durablement à Aix-les-Bains. Mais Dord n'était pas pressé. Et pour cause, il avait consulté son entourage, en particulier son avocat attitré, et la sanction était tombée: impossible de signer un bail commercial dans les conditions prévues par la convention. Même en multipliant le loyer initial par deux, un bail commercial à ce tarif n'aurait aucune chance de franchir les modestes barrages juridiques qui subsistent encore. Un sacré imbroglio.

De leur côté, les Peyrefitte n'étaient pas prêts à lâcher l'affaire. Ils étaient d'autant plus à l'aise dans leurs négociations que si l'affaire achoppait, c'est Dord, en personne, et lui seul,qui en porterait la responsabilité pour avoir signé la convention de 2005. Facile d'imaginer alors le scandale...


Pour Dord, la priorité fut donc de rassurer la famille Peyrefitte. C'est ainsi que la société ITCC, bien que la Ville fût devenue propriétaire des lieux, allait continuer de payer un loyer dérisoire de 10 000 euros par an en vertu d'une convention de 2005, déjà peu licite, échue et sans objet depuis belle lurette. Parallèlement, avec l'appui d'un notaire nouvellement implanté dans la Ville, le député-maire, LR de rien, allait entreprendre l'opération déminage, celle qui conduit au projet des anciens Thermes présenté aujourd'hui.

Eh, oui, apparemment la fameuse convention de 2005 a pollué le dossier de la rénovation des Anciens Thermes bien plus que le pyralène et l'amiante. Elle explique aussi pourquoi Vinci a jeté l'éponge et pourquoi le consortium Bouygues/Sas veut attendre, avant de s'engager définitivement, que le problème entre Dord et Peyrefitte ait trouvé une solution durable et acceptable.
C'est pas sauvé si l'on en juge par un document qui nous a été transmis. Car des surfaces bâties dans les prestigieux anciens Thermes au prix du mètre carré de terrain nu dans une zone industrielle
(265 euros), il va encore falloir faire avaler cette grosse couleuvre. Et c'est pourtant la solution qui avait été retenue par Dord...

à suivre



Cet article vous a intéressé? Partagez-le sur Facebook ou Twitter
dordpeyrefitteesthétiquedutreilconvention