C'était bien de l'enfumage

Avec de jolies tours... de passe-passe...


Quand le Sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt. Ce proverbe chinois mérite d'avoir son corollaire aixois: Quand Dominique Dord montre le haut des Anciens Thermes, le Sage doit regarder vers le rez-de-chaussée. En voici l'illustration.

En mars dernier, en faisant mine de cultiver le secret et de ne mettre que quelques privilégiés dans la confidence, le député-maire LR (malin) s'est comporté en véritable prestidigitateur. Il s'est arrangé pour que chacun regarde vers les tours de 17 étages qui étaient censées prolonger, vers le ciel, les anciens bâtiments historiques.
Et ça n'a pas manqué. Tout le monde, ou presque, s'est soit moqué soit indigné face à ces tours. Dans la ville, on ne parlait plus que de cela. Premier pari gagné pour le faiseur d'illusions. Le second acte pouvait commencer. Face à l'indignation, Dord feignit de calmer le jeu en laissant entendre que les tours de 17 étages n'étaient qu'un projet parmi d'autres et que rien n'était décidé. Et dans la foulée il livra une seconde information, à savoir que le promoteur retenu avait prévu de transformer une partie des anciens Thermes en une sorte de grand centre commercial. Et ce fut une nouvelle levée de boucliers, certains regrettant la marchandisation de bâtiments publics et historiques, d'autres redoutant que cette concurrence fasse tort aux commerces existants. Le détournement d'attention jouait à plein. Personne ne voyait encore la finalité de tout cela...


Et puis, le 2 mai, ici-même, dans ce journal, après avoir étudié de près le projet réalisé par le cabinet d'architectes Patriarche, on livrait une information exclusive, exclusive en ce sens que personne ne l'avait encore relevée. A savoir que près de 3 000 mètres carrés des Anciens Thermes étaient destinés à la seule société ITCC Peyrefitte, sans autre précision. Cette révélation, reconnaissons le, ne faisait pas grand bruit. Néanmoins elle contraignait le maire à la confirmer dans sa réponse (publiée par le daubé) au Collectif opposé au projet Dord/Bouygues. Il le faisait toutefois en des termes suffisamment elliptiques pour ne pas non plus trop attirer l'attention. Il laissait ainsi entendre, au détour d'autres détails, que l'aile sud des bâtiments pourrait (conditionnel!) être rachetée par l'école Peyrefitte, sans autre précision. Dord admettait tout juste que les travaux pour l'école Peyrefitte pourraient (toujours le conditionnel) commencer en 2017 pour être achevés en juin 2018. Mais il ne précisait pas comment Peyrefitte pourrait bien commencer ses travaux en 2017 alors que, par ailleurs, Dord répétait que la vente "ferme" des bâtiments par la Ville à Bouyges/SAS "n'interviendrait pas avant septembre 2017". Et, là, il y avait comme un hiatus. Sauf si...

Sauf si, comme on l'a évoqué dans l'article mis en ligne le 17 mai, Dord savait depuis longtemps qu'il était quasiment obligé de vendre l'aile sud (rez de chaussée et premier étage) à la société Peyrefitte, ceci faute d'avoir pu lui accorder le bail commercial qu'il lui avait promis. Non seulement le député-maire
le savait depuis longtemps mais il s'y était engagé vis à vis des Peyrefitte. Et pas un engagement à la légère. Un engagement sous l'égide d'un notaire. Un engagement qui a été confirmé par de nombreux échanges entre les deux parties, conformément à un déjeuner (sic) au cours duquel les Peyrefitte avaient été "convaincus". La trace de ces échanges, elle figure notamment dans un compte rendu que le missi dominici du maire lui en a fait, par écrit, à l'automne 2012:


Ce document (dont on a de bonnes raisons de croire qu'il est authentique) vient confirmer que c'est à la fin de l'année 2012, sans jamais en référer en trois ans et demi aux autres élus, que Dominique Dord s'est engagé à céder l'aile sud des Anciens Thermes à la société Peyrefitte et à un prix convenu, 750 000 euros maximum. Si la surface indiquée dans le plan des architectes correspond bien à ce qui a été initialement prévu, cela correspond à un bâti, hors d'eau, hors d'air, à 265 euros le mètre carré, ceci dans un bâtiment de prestige. Soit le prix du mètre carré de terrain nu en zone industrielle. L'affaire du siècle pour les acquéreurs. Dans ces conditions on commencerait à comprendre pourquoi Dord a préféré attirer l'attention sur la hauteur des tours ou sur la création d'une galerie marchande plutôt que sur cette promesse.
Surtout que de nombreuses questions restent encore en suspens...

(à suivre)

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