Dord adresse un doigt d'honneur subliminal à ses juges

Circulez, y a rien à voir



Contrairement à ce que raconte, ce jeudi 24 novembre, le journal de Oui-Oui (alias le daubé), bien loin d’un satisfecit c’est un zéro pointé que la Chambre Régionale des Comptes (CRC) a attribué à la gestion de la Ville par l’ex-trésorier de l’UMP. A plusieurs reprises, la CRC a même souligné à quel point la position du député-maire était dans l’illégalité la plus totale.
Mais la vraie surprise de ce rapport, c’est le traitement qu’en a fait l’ineffable Dord, lequel, à sa manière, a joyeusement adressé une sorte de doigt d’honneur subliminal à l’organisme de contrôle, allant même jusqu’à qualifier d’allégations les affirmations des conseillers de la CRC. En gros, il n’en a strictement rien à faire car c’est lui le meilleur et le plus fort !

C'est comme dans l’un des premiers sketches du regretté Coluche : A quoi sert la Chambre régionale des Comptes ? A rien, c’est juste pour faire avancer le chimili, le chimilili, le schmilblic... Car, quand on prend le temps d’examiner les 46 pages du dernier rapport de la CRC, on ne peut s’empêcher de faire une comparaison. Si c’était à un petit maire d'une petite commune ou à un chef d’entreprise auxquels un service officiel de contrôle adressait un tel rapport, les pauvres craindraient de se retrouver ipso facto poursuivis par le fisc, voire même par la justice pénale, et certains de leurs collaborateurs pourraient également suivre le même sort.

    - Au fil de ce rapport, la Chambre a relevé que la Mairie redistribuait chaque année plus de 8 millions d'euros sous forme de subventions à des associations! Soit 21% de son budget de fonctionnement, un taux trois fois plus élevé que dans les communes de même importance, précise, discrètement, la CRC dans un tableau annexé! Qui plus est, ces subventions sont versées sans jamais (ou alors rarement et très superficiellement) en contrôler l’usage, à l’exemple de ces 100.000 euros accordés à un club sportif professionnel en échange de services dont les élus se fichent de vérifier s’ils sont rendus ou pas.
La Chambre a aussi noté que la fameuse Saemcarra (société immobilière appartenant à la Ville et dirigée par un ancien adjoint de Dord) « n’était pas légitime pour gérer le centre équestre », un club dont elle avait pourtant pris les rênes et qu'elle avait financièrement soutenu, à la demande de Dord. Dans un tout autre ordre d'idée, la Chambre a également rappelé (pour la 4
ème fois depuis 2002) que la Ville était illégalement actionnaire de la société des Casinos. La CRC en a même perdu son sens légendaire de l'orthographe (cf statut... irrégulière):

    - Hélas, toutes ces irrégularités flagrantes n’empêchent pas, toujours selon la Chambre, la Ville d’être dans une situation délicate, ceci dans la mesure où ses dépenses augmentent plus vite que ses recettes, « une trajectoire difficilement soutenable à moyen terme » précisent les contrôleurs. Quant à la fable sur les impôts aixois pas chers ou moins chers qu’ailleurs, selon la légende entretenue par le maire et sa presse servile, elle en prend un sale coup quand la Chambre précise que « la commune bénéficie de bases pour la Taxe d’habitation et la Taxe foncière supérieures aux moyennes de la strate ». Supérieures de près de 30% selon un graphique joint au rapport. Sachant que le montant de ces taxes est le résultat de la multiplication de la base par les taux, voilà encore une image de prétendu bon gestionnaire qui se brouille...

     - Quant à l’examen de la gestion au quotidien de la mairie, il révèle une véritable impuissance de l’équipe dirigeante. Non seulement la masse salariale a continué d’augmenter (+11%) malgré les transferts de compétences vers la CALB mais la gestion du personnel laisse aussi à désirer. Ainsi, avec un taux d’absentéisme de plus de 11%, la Ville dépasse largement les moyennes nationales. Pour compléter le tableau, la Chambre a constaté que Dord accordait à certains de ses salariés préférés des congés supplémentaires, ceci « sans aucune base légale » est-il précisé. Il est vrai que la légalité ne semble pas être le premier souci de la municipalité comme le relèvent encore les rapporteurs avec « l’affaire Gabriel », du nom de l’ex directeur général des services, parti en retraite l’an dernier et aussitôt réintégré par son ami Dord comme vacataire pour la modique rétribution de 425 euros...la journée ! « Selon la Chambre cette situation est irrégulière » peut-on lire à la page 43 du rapport.
Mais Dord (à la niche) pouvait-il faire moins pour celui qui parle encore et toujours à son  oreille:

L'ancien DGS tel qu'il avait été présenté dans un article de l'Express
Ce n'est là qu'une présumée irrégularité de plus, tout comme celles relevées à propos des avantages en nature accordés à certains personnels. Ainsi, pour les logements dits de fonction, la Chambre constate que leur mode d’attribution « ne respecte pas les conditions imposées par les textes en vigueur ».


    - Mais là où l’on rigole, c’est avec le parc automobile de la Ville. Un parc démentiel de près de 200 véhicules pour l'équivalent de 450 agents temps plein censés les utiliser! Soit un véhicule pour 2,25 agents, ronds-de-cuir compris.
Ces quelque deux cents véhicules sont répartis en 145 véhicules dits de services (dont 52 utilitaires) et 45 véhicules dits « légers », autrement dit des voitures de tourisme. Des voitures que de nombreux cadres (et quelques employés) utilisent pour rentrer chez eux, y compris le week-end, souvent d’ailleurs avec une carte de carburant quand ce n’est pas avec une carte de péage ou de parking, ce qui revient à en faire des véhicules de fonction. Un véhicule de fonction correspondant à un avantage en nature, il est en principe soumis aux cotisations et à l’impôt. Mais pas
à Aix les Bains. Car, curieusement, à Aix le conseil municipal (seul souverain en la matière) n’a voté aucune délibération pour accorder un véhicule de fonction à qui que ce soit comme le constate la Chambre. A la place, la mairie a trouvé une astuce : les voitures de fonctions sont devenues des « voitures de service avec remisage à domicile ». Du coup, plus d’avantages en nature, plus de charges, plus d’impôts! Elle est pas belle la vie?  Une manœuvre dont la Chambre n’a pas été dupe. Mais sans plus...

    - On en passe, et peut-être des meilleures, sur les perles que la Chambre régionale des Comptes a relevées dans la gestion de la mairie d'Aix les Bains. Partout ailleurs, en particulier dans le secteur privé, de tels accommodements avec la loi déclencheraient l’ouverture de procès suivis de sanctions et de rappels fiscaux. Partout ailleurs, des dirigeants de sociétés privées pris ainsi la main dans le sac auraient du souci à se faire. Mais pas la mairie d’Aix les Bains. La Chambre des Comptes ne lui réclame d’ailleurs rien d'autre que la lecture et l'archivage de son rapport.
Et pourtant... Jadis, un maire (Gratien Ferrari) avait été poursuivi et condamné en justice pour gestion de fait, cela parce qu’il avait accordé des avantages indus à certains des cadres de la Ville. Mais ça, c’était avant...


D’ailleurs, c’est bien simple, dans sa réponse aux observations de la CRC, Dominique Dord a balayé de quelques pichenettes ces accusations. Pour lui, les enquêteurs de la Chambre au mieux n’ont rien compris ou ne savent pas interpréter les textes, au pire ils ne commettent que des « allégations ». Ils affirment sans rien prouver. Autrement dit : circulez, il n’y a rien à voir !

La semaine dernière, devant des magistrats du tribunal correctionnel de Chambéry, un ancien salarié de la mairie, accusé de présumées malversations par Dord et son équipage, avait déclaré à l’adresse des magistrats « A la mairie, ils sont plus forts que vous ». On commence à comprendre ce qu’il voulait dire.


 






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