LE RASSEMBLEMENT NATIONAL (encore) DINDON DE LA FARCE

...MAIS PAS PLUS QUE LES ÉLECTEURS AIXOIS



L'histoire ne se répète pas. Elle bégaie.

En 2014, à quelques semaines des municipales aixoises, le maire UMP sortant (D. Dord) avait réussi à infiltrer la liste que préparait le Front national autour de Véronique Drapeau. Ayant compris qu'il n'empêcherait pas la constitution d'une telle liste il avait alors "missionné" Serge Gathier, son ancien premier adjoint, pour la rejoindre. C'est peu avant la date limite de dépôt des listes que Gathier était devenu le numéro 2 de la liste FN qui réalisait finalement un score modeste (15%).
Quelques semaines avant de rejoindre le FN, voici avec qui Gathier s'affichait:

Les deux semblaient même s'entendre comme larrons en foire.
Quatre mois plus tard, V. Drapeau accusait Gathier d'avoir torpillé la présentation de ses comptes de campagne avec pour conséquence le non-remboursement par l'Etat des frais engagés. Un coup dur à près de 15.000 euros pour la candidate qui allait bientôt disparaître du paysage politique aixois. Quant à Gathier, il a siégé pendant six ans au conseil municipal et a systématiquement voté sans vergogne comme Dord le demandait à sa majorité. Et pendant toutes ces années on n'entendit plus parler du Front national à Aix. Le coup de l'entrisme avait parfaitement réussi.
Alors? Bis repetita placent?


En 2014 le Front national ne représentait pas un grand danger pour Dord réélu avec 60% des voix au 1er tour (mais avec seulement 32% des inscrits). Il n'en va plus de même en 2020, les cartes ayant été redistribuées. Non seulement Brutus Renaud Beretti n'a pas l'aura de celui qu'il a poussé vers la sortie mais il a cette fois contre lui deux listes plus ou moins centristes, dont l'une conduite par son ex 1ère adjointe, Marina Ferrari soutenue par En Marche.
Pour espérer être élu le mois prochain Beretti a donc la nécessité de rassembler sur son nom tous les électeurs du centre et de droite, y compris de ce qu'on appelle l'extrème droite, à savoir le Rassemblement national. Autant dire qu'une liste RN qui, comme en 2014 recueillerait quelque 15% des suffrages, sonnerait le glas des espoirs de l'intéri-maire de devenir maire à part entière. Vous voyez où on veut en venir..?

Une génération (pas vraiment?) spontanée

En décembre dernier, alors que quatre listes étaient déjà annoncées, on en a vu arriver une cinquième menée par un total inconnu et susceptible d'attirer les suffrages des électeurs les plus à droite. Christian Derenty, le leader de cette liste, tout en disant vouloir "rassembler" ne cachait pas que son principal, sinon son seul atout était d'avoir reçu le soutien de deux formations politiques, Debout la France et le Rassemblement national.
Ce pouvait être le pire scénario pour Beretti qui se retrouvait ainsi cerné par une liste à gauche (D.Fié), une au centre-gauche (A. Gimenez) une au centre-droit (M. Ferrari) et une à la droite de la droite (C. Derenty). Ce scénario catastrophe conduisait presque immanquablement à un second tour très incertain, voire à une défaite attendue du présumé sortant.
Seulement ce scénario ne devrait jamais voir le jour.

Alors qu'il se revendiquait fièrement du soutien du RN en décembre dernier, en ce mois de février Derenty a eu soudain des pudeurs de jeune fille. Dans une interview à un journal en ligne (le Petit Reporter), il a qualifié d'embarrassant  le soutien officiel que le représentant départemental du RN lui avait apporté dans un communiqué à la presse. Cf, ci-dessous, un extrait des "confidences" de Derenty au journal en ligne:

Suite à cette déclaration embarrassée, ses principaux colistiers, proches de Debout la France et du Rassemblement national, ont claqué la porte. Il n'y aura probablement plus de listes pouvant se revendiquer du soutien du RN et de DLF le 15 mars prochain à Aix. Et sans doute plus de cinquième liste. La route serait alors de nouveau libérée pour Beretti même si c'est encore loin d'être gagné pour lui. Du coup on se demande si l'opération entrisme de 2014 n'aurait pas été reconduite en 2020, avec plus de maestria et d'avantage de cynisme encore...

On aimerait croire que non. On aimerait croire que Monsieur Derenty était sincère quand il a lancé sa candidature et qu'il n'a pas été manipulé ni mis sous pression. Et que tout cela n'a rien à voir avec le fait avéré que, jusqu'à la fin de l'année dernière, il travaillait encore comme fonctionnaire chargé de mission à la mairie d'Aix-les-Bains, en bonne intelligence avec D. Dord et R. Beretti,
Intelligence avec l'ennemi ?


On aurait aimé croire qu'à Aix-les-Bains on pouvait faire de la politique sans invoquer constamment Machiavel. Même si le passé ne plaidait pas pour cette indulgence.

Note aux benêts: quand on dit qu'à Aix-les-Bains les vieilles habitudes ont la vie dure, c'est en référence à 2014 mais aussi à 2001. Cette année là, après avoir promis son soutien à A. Grosjean et d'être son numéro 2 sur la liste du maire sortant, le jeune député Dord avait planté son "associé" à quelques semaines du 1er tour en montant sa propre liste et en détournant à son profit des anciens colistiers de Grosjean. Et ces gens-là nous donnent des leçons de morale.