Ah, quelle leçon !

Moi, bougnoule à la peau blanche...


Salim: "J'te jure, Jacques, tu sais pas ce que c'est. On nous traite comme des bougnoules, les flics, tout ça... A chaque fois je suis contrôlé, c'est pareil. Tiens, hier encore ils voulaient m'emmener au poste..."
Moi: "Mais non, tu exagères. Arrête de te réfugier derrière tes origines. Tu es né en France, tu es français.."

C'est un exemple des discussions que j'ai pu avoir régulièrement avec mon "copain" Salim. Avant...


J'ai eu beau chercher dans ma mémoire, sur les cinquante dernières années je n'ai pas le souvenir d'avoir été contrôlé par des policiers ou des gendarmes. Pas plus en voiture sur la route, qu'à pied dans la ville.
J'aurais pu circuler pendant quarante ans sans permis que personne ne s'en serait jamais aperçu. J'aurais pu conduire complètement bourré sans que quiconque m'interpelle. Je n'ai pas souvenir d'avoir dû
montrer mes papiers ou justifier ma présence en un lieu quelconque du territoire français au cours du demi siècle précédent.

Je suis un mâle blanc. J'ai eu la chance de faire quelques études. J'ai pu occuper une position sociale qui me mettait en contact avec toutes sortes d'autorités. Il m'est même arrivé d'être en responsabilité élective dans une grande collectivité. J'ai souvent habité dans des quartiers plutôt considérés comme résidentiels. Je me suis déplacé dans des véhicules qu'on pouvait croire sortis récemment de la concession.
En de rares occasions j'ai pu me trouver dans une file d'automobilistes subissant un contrôle routier. Après un rapide coup d'oeil à l'intérieur de la voiture, les gendarmes ou les policiers m'ont fait signe de passer sans autre formalité. Je n'ai jamais fait l'objet du moindre contrôle spontané d'identité et je ne dois pas être le seul bon Français à me trouver dans ce cas.
Mais voilà, tout a une fin.


Au cours de ce mois d'Avril 2020, alors que j'ai rarement mis le nez hors de chez moi, j'ai quand même été contrôlé trois fois! Une fois par des policiers, deux fois par des gendarmes. Pour cause de confinement. Et là j'ai pu mesurer ce que certains pouvaient ressentir face à ce genre d'interpellation.

A trois reprises j'ai été confronté à l'arbitraire, à l'arrogance, à la suffisance, à la mauvaise foi, au mensonge, à la menace, à l'intimidation, à la provocation. J'ai pu mesurer à quel point certains présumés représentants de l'ordre se comportaient en porteurs du désordre et du mépris de la loi. Parce que la loi, c'était eux. Non pas eux qui la faisaient respecter mais eux qui la faisaient tout court. Alors que moi, misérable citoyen qui osais me prétendre légaliste, je n'avais qu'à la boucler, qu'à m'incliner, qu'à les remercier qu'ils ne m'embarquent pas pour un contrôle plus approfondi. Oui, j'ai rencontré l'abus de pouvoir, oui j'ai été confronté au mensonge éhonté de la part de gens censés être plus respectueux que les autres de l'ordre juste.


Mais voilà, je suis un homme blanc, y compris de cheveux, empreint depuis mon plus jeune âge de respect et de politesse. Mais voilà, j'ai eu aussi la chance d'évoluer dans des milieux où j'ai pu prendre connaissance de la loi et de ses principes. Mais voilà, je maitrise un peu l'art de la dialectique. Mais voilà, je n'ai plus rien à prouver à personne, et en tout pas aux godelureaux en uniforme, équipés comme des robocops pour contrôler le cabas d'une ménagère de 80 automnes ou traquer le cycliste de 70 printemps. Alors je ne suis pas tombé dans la provocation. Je suis resté calme et courtois. Mais j'ai pu mesurer combien, en pareilles circonstances, des gens qui ne sont pas de la même culture, pas du même âge, pas de la même origine ou pas de la même couleur de peau, j'ai pu mesurer comment ceux-là peuvent craquer.

Face au gendarme borné qui, pour la énième fois refusait d'appliquer la loi qu'il avait sous le nez, un autre que moi aurait pu le traiter de "fils de P..." et l'envoyer "se faire enc..." comme on dit dans certaines banlieues. Tout autre aurait pu, avec plus de modération, le qualifier de "jeune con prétentieux et imbu de son petit pouvoir". C'est sans doute ce qu'il attendait de ma part. A défaut de me coincer légalement, il aurait pu alors le faire pour outrage. Je n'ai rien dit même si je l'ai pensé si fort qu'il n'a pas pu ne pas le ressentir.
Je suis un mâle blanc, de peau et de cheveux, et l'affaire en est restée là avec juste une contravention à 135 euros dont le sort et celui de son provocateur vont se jouer devant les tribunaux...


Mais grâce à ces gendarmes et à ces policiers que j'ai croisés sur mon chemin en ce mois d'avril 2020, j'ai pu mieux ressentir à mon tour ce que ressentaient ceux qui, tout au long de l'année, subissent ce genre de contrôles stupides et arbitraires. Et cela m'a permis de comprendre, sans pour autant justifier les excès que cela entraîne, comment, dans certains "quartiers", la police ou la gendarmerie sont accueillies comme des éléments perturbateurs. J'ai compris pourquoi mon "copain" Salim quand il parlait de ces gens-là ne les nommait que par l'appellation "fils de P..."

Enfin, j'aurais aimé croire que les gendarmes et les policiers qui m'ont fort peu respectueusement contrôlé étaient des exceptions. J'aurais aimé que leur hiérarchie, celle que j'ai saisie par courriers de ces abus d'autorité, me fasse savoir qu'elle avait reçu le message. J'attendrai ce qu'en dira la justice.
Je suis un incorrigible naïf.
Je reste persuadé, à l'instar du procureur de Clamart, que lorsque des représentants de l'ordre détournent sciemment et impunément la loi, c'est déjà qu'il n'y a plus d'Etat.
Et je crains pour la suite car je connais l'Histoire.

J.G.


Note aux benêts:
Ceci explique-t-il-cela?
Voici le titre d'un article paru le 5 mai dans le Figaro

La DGSE est surprise par le faible niveau des candidats à son concours Par Emma Ferrand • Publié le

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